L’AVS (Auxiliaire de Vie Scolaire)
Les enfants TED (Troubles Envahissants du Développement) scolarisés ont le droit de bénéficier de la présence d'une Auxiliaire d'Intégration Scolaire.
L'AVS facilite la scolarisation dans une classe « ordinaire ».
La décision est prise par la CDAPH (Commission des Droits et de l'Autonomie des Personnes Handicapées).
L'obtention de la présence de l'AVS nécessite parfois beaucoup de courage et de ténacité de la part des familles, qui doivent, très souvent, se pourvoir en recours gracieux auprès de la CDAPH. Mais cela en vaut la peine.
Les AVS n'ont, en général, pas de formation propre aux Troubles Envahissants du Développement. Ce sont souvent les parents qui la renseignent sur la pathologie et le comportement de leur enfant. C'est donc une question d'alchimie entre les parents, l'enfant, l'AVS et l'enseignant … Désir de se renseigner, compréhension, tolérance, adaptation et souplesse, intérêt pour l'enfant et sa pathologie sont de bons ingrédients de base. Ne pas avoir le désir d'épauler l'enfant malgré ses particularités, mais aussi pour ses particularités, est une condition qui est, lorsqu'elle est remplie, « merveilleuse » !
Les AVS sont cependant indispensables pour une bonne intégration scolaire de l'enfant, et ce, pour plusieurs raisons :
- Rassurer l'enfant, le tranquilliser. Le valoriser quand il réussit, et dédramatiser ses échecs.
- L'aider dans l'organisation de son travail (rangement, méthode), le recentrer sur sa tâche lorsque les stimulis extérieurs l'empêchent de se concentrer, ou que l'enfant est a-contextuel dans son discours.
- Décomposer les consignes trop longues, reformuler les consignes orales (par exemple lorsque l'instituteur s'adresse au groupe).
- Prendre des notes à la place de l'enfant quand il est fatigué ou quand il a des difficultés graphiques importantes, surtout dans les petites classes (CP, CE1 …).
- Prévenir l'enfant des changements à venir.
- Le mettre en lien avec d'autres enfants, l'enfant TED ayant souvent envie d'avoir des amis, mais ne sachant pas comment procéder.
- L'AVS ne doit bien évidemment pas faire le travail de l'enfant à sa place (ni celui de l’instituteur…), mais l'assurer de son indéfectible soutien. Un TED qui se sent en sécurité, apprécié et valorisé à toutes les chances de bien réussir à l'école.
Un besoin
Le besoin était réel et si le statut des Auxiliaires n'était pas, dès leur origine, sans soulever quelques inquiétudes, leur intérêt était indéniable, ils occupaient un créneau vacant, celui de l'accompagnement d'enfants handicapés en vue de permettre leur intégration scolaire. Sans eux, un certain nombre d'enfants n'auraient pas pu fréquenter les écoles. Et assez vite leur champ d'action a tendu à s'élargir bien au-delà du cadre du projet initial, souvent à la demande ou sous la pression des parents et pour pallier les carences des administrations.
Une évolution de la scolarisation des enfants handicapés
Mais l'apparition et le développement des AVS doivent être mis aussi en liaison avec l'évolution plus générale de l'appréhension du handicap à laquelle nous assistons depuis quelques années, évolution qui s'exprime notamment au niveau du vocabulaire. C'est ainsi que par exemple on est passé de "l'intégration scolaire" à "la scolarisation des enfants handicapés" et de "la personne handicapée" à "la personne en situation de handicap"(pour ce 2ème terme, c’était le souhait des associations, mais la loi ne les a pas suivis ….). Avoir affaire à la personne handicapée, c'est chercher à mieux connaître les déficiences et les troubles inhérents à son handicap pour y apporter les réponses les mieux adaptées et les plus efficaces. L'action des professionnels et des équipes soignantes se trouve centrée sur la personne handicapée. Prendre en compte la situation de handicap, c'est adopter un angle d'approche différent, puisque c'est chercher à "aménager la situation" de la personne handicapée De ce point de vue, la fonction d'Auxiliaire de Vie Scolaire arrivait à point nommé. L'Auxiliaire ne se définit pas uniquement par le fait qu'il est attribué à un enfant handicapé mais aussi par le lieu où il exerce son activité, l'école. L'Auxiliaire a pour mission de permettre à l'enfant handicapé de trouver sa place et son statut d'écolier dans sa classe comme dans la vie de l'école, mais aussi bien de permettre à l'enseignant, aux camarades, à toute l'école de l'accueillir dans les meilleures conditions, par exemple en facilitant les relations interactives et la communication. L'attention se porte certes sur les difficultés de l'enfant mais aussi sur ce qui fait difficulté à l'enfant (par exemple les contraintes de la discipline scolaire, de l'écriture ou de la prise de parole en classe, etc. (pour ne pas parler des réticences de l’école elle-même….)). On est « sorti » (on aimerait bien…)de la sphère de la prise en charge exclusivement médicale ou paramédicale. L'AVS a un rôle d'interface ou de médiateur. Il apparaît alors comme celui qui est le mieux placé pour favoriser la scolarisation, puisqu'il est celui qui prend l'enfant comme il est et qui l'accompagne "en situation". Cette nouvelle fonction d'accompagnateur devient en quelque sorte emblématique de la nouvelle intégration scolaire. On comprend l'attente et les espoirs des parents. Mais cette nouvelle mission a ses exigences et ses limites et bien des questions relatives notamment à la formation des AVS et à leur statut restent posées. Nous en évoquons quelques-unes.
La formation des AVS
C'est d'abord aux enfants handicapés que les AVS ont à faire. Si l'on s'en tient aux seuls besoins des enfants, la "formation d'adaptation à l'emploi", comme on dit, devrait être extrêmement large, parce que ces besoins sont variés. A l'AVS, on demandera aussi bien d'établir un bon rapport avec l'enfant que de maîtriser les gestes de portage et d'hygiène auprès d'un jeune handicapé moteur ou d'avoir quelque idée de l'aide à l'apprentissage auprès d'un enfant déficient mental ou autiste. La question est alors de savoir jusqu'où peut aller l'attente du maître ou des parents vis à vis de l'AVS et donc quelle doit être sa formation. Certains débats montrent que des parents souhaiteraient que les AVS aient des compétences équivalentes à celles des éducateurs spécialisés. Les autres dimensions de leur fonction, dans leurs rapports à l'enseignant, aux parents, aux autres élèves, éventuellement aux autres professionnels, appelleraient aussi une réflexion approfondie. Les échanges entre AVS, sur leurs propres listes de diffusion, laissent percevoir un certain malaise, par exemple dans les relations enseignant/parents/AVS : on éprouve le sentiment qu'un certain nombre d'AVS vont chercher auprès des parents la reconnaissance qu'ils ne trouvent pas dans l'école. D'autres estiment que l'enseignant se décharge trop facilement sur eux de l'enfant handicapé (NB : C’est malheureusement très souvent le cas…). La question de la formation est inséparable ici de celle du statut : qui supervise le travail des AVS, dans quelles équipes sont-ils réellement insérés ? (Voir par exempleauxiliaire vie scolaire ou forum actif Les sites et les forums ouverts par quelques-uns d'entre eux et sur lesquels ils échangent sont significatifs de l'ambiguïté de leur situation et des questions qu'ils se posent.)
Le statut des AVS
Le projet d'intégration d'un enfant est un projet partenarial : comment l'AVS s'insère-t-il dans cette action commune ? S'y insère-t-il vraiment, ou n'est-il pas condamné, par son statut, à ne rester qu'un un acteur plus ou moins marginal ? Récemment, intervenant sur la liste de diffusion "autisme", Gérard Griffon insistait sur le fait que dans une classe accueillant des enfants autistes, l'adaptation nécessaire de l'environnement ne pouvait pas être le fait du seul AVS mais qu'elle devait être l'œuvre de toute une équipe : "Une scolarisation d'enfant avec autisme ne peut uniquement être soumise à la présence ou non d'un ou une AVS car l'adaptation à la foire aux stimuli que représente une classe ordinaire ne dépend ni de l'instit, ni de l'AVS, ni de la bonne volonté ou de la formation d'un des protagonistes pris séparément, mais de la volonté de toute l'équipe élargie (...)" En d'autres termes, si toute l'équipe joue le jeu de l'intégration, le problème est bien près d'être résolu. C'est ce qu'on constate par exemple dans les classes où un service de soin (sessad ou hôpital de jour) intervient de manière régulière et continue dans la classe et dans l'école. Et l'on peut penser qu'effectivement, pour développer l'intégration scolaire, la première chose à faire est de développer l'action de ces services dans le sens d'une plus grande implication dans l'aide à la scolarisation des enfants handicapés. On a donc créé une nouvelle fonction et un nouveau corps d'Auxiliaires de Vie Scolaire, en espérant sans doute que si la scolarisation des enfants handicapés est le travail de toute une équipe, l'injection d'un nouveau membre, ou d'une nouvelle fonction, contribuerait à impulser, de proche en proche, une dynamique en ce sens ? Mais actuellement, ils n'ont aucun lien du côté des services de soins et ils ne sont pas réellement intégrés à l'éducation nationale, où leur rattachement reste exclusivement administratif : ils n'ont pas de lieu institutionnel d'échange sur leur pratique et de concertation, ils sont largement laissés à eux-mêmes. Sans parler de l'insuffisance des formations. Bien souvent, ils portent plus ou moins solitairement le poids de la situation de handicap en milieu ordinaire.
Conclusion
En tout cas, il ne suffit pas de mettre des AVS à côté des enfants pour réaliser "l'école pour tous", comme on aime à dire. Encore faut-il veiller à ce qu'ils ne travaillent pas de manière isolée mais au contraire en liaison institutionnelle avec les enseignants et avec les autres professionnels qui suivent l'enfant (… et avec les parents surtout…).
Pierre Baligand - octobre 05