Essai thérapeutique dans le syndrome de l'X fragile.
Une interview du Professeur Vincent Des Portes, coordonateur du Centre de référence "X fragile et autres déficiences mentales liées au chromosome X" de Lyon Qui sommes nous
V Viollet : un essai thérapeutique a eu lieu dans l'X fragile. De quoi s'agissait-il ?
VdP : A la suite de résultats assez spectaculaires du blocage partiel du glutamate chez les souris X fragiles, un nouveau médicament qui bloque un type de récepteurs au glutamate (anti mGluR5) a été testé de juin 2008 à janvier 2009, à Lyon, Lausanne et Rome. L'essai était mené au CHU de Lyon à l'Institut des Sciences Cognitives par le Dr Aurore Curie, neuropédiatre, et une équipe comportant deux psychologues, une secrétaire, trois infirmières, avec l'aide logistique du Centre d'Investigation Clinique des Hospices Civils de Lyon. Le but était de tester sur trente jeunes adultes X fragiles de 18 à 35 ans la tolérance et l'efficacité de la molécule pendant un mois, chaque patient recevant successivement soit le médicament, soit un placebo. Ni le patient, ni les médecins ne savaient quand était donné le médicament ou le placebo. Quatorze jeunes adultes X fragiles, soit presque la moitié des patients de l'étude, ont été inclus à Lyon. L'efficacité du médicament était évaluée par des questionnaires de comportement, des épreuves sur ordinateur, des tests d'inhibition (blocage) du clignement palpébral en réaction à un bruit fort et des enregistrements du regard devant des films d'interaction sociale.
V Viollet : cette première étude n'était pas facile à réaliser. C'était un peu un pari, non ?
VdP : Cette étude a pu aboutir, sans aucun abandon, grâce à la motivation et l'énergie de chacun, à commencer par les 14 jeunes adultes, qui peuvent être fiers d'avoir relevé ce défi. Ce sont de vrais pionniers ! Je les remercie beaucoup, au nom de l'équipe médicale mais surtout des familles et des générations futures qui bénéficieront peut-être, un jour, de ce médicament. Ils ont fait confiance à leurs parents et aux médecins, et ont été très consciencieux pour respecter les nombreuses contraintes de l'étude : ne pas manger dans un intervalle de deux heures avant et après la prise du médicament, voyager six fois deux jours à Lyon gérer le stress des transports, effectuer un grand nombre de tests de raisonnement, de concentration, entendre des bruits forts dans un casque, etc...
Il faut aussi féliciter leurs parents qui ont rempli les si nombreux questionnaires et ont donné beaucoup de temps, chez eux et à Lyon. Je crois aussi que l'étude a pu se dérouler dans de bonnes conditions grâce à l'équipe dirigée par Aurore Curie, qui a donné sans compter, de son temps et de sa créativité pour que tout se passe bien, malgré les nombreux problèmes techniques qui ont pu survenir, et il y en a eu !
Je tiens à souligner enfin l'importance du rôle des bénévoles qui ont accueilli les patients et leur famille, les ont conduits sur le lieu de la recherche, préparé et partagé les repas. Ces bénévoles, de tous âges, ont été sollicités par des membres du Goéland, mais aussi par les responsables d'une association partenaire « Xtraordinaire », qui regroupe des patients atteints d'autres syndromes que l'X fragile. Les bénévoles de cette association qui assuraient déjà une aide précieuse pour accueillir les familles pour d'autres recherches, se sont mis au service de l'essai thérapeutique qui ne concernait pourtant pas directement les maladies dont sont atteints leurs enfants. Un bel exemple d'action solidaire et totalement désintéressée !
V Viollet : Pouvez vous nous dire si ce médicament a eu un effet ?
VdP : Les résultats de l'étude ne sont pas publiés. Je ne peux pas vous donner des résultats précis. Comme on pouvait s'y attendre, il semble qu'on a observé un important « effet placebo » : c'est-à-dire qu'un certain nombre de symptômes se sont améliorés pendant que les patients recevaient le placebo, qui ne contient pas le médicament. Ce phénomène d'effet placebo est bien connu dans les essais thérapeutiques. Il peut être expliqué par la motivation à participer à l'étude et l'espoir de la personne X fragile, de sa famille et de l'équipe médicale, de voir un effet du médicament. Le fait de participer à l'étude a aussi donné l'occasion aux parents de changer un peu leur regard sur leur fils, de découvrir des capacités sous estimées. au-delà d'un simple effet placebo, on a observé que certains patients sous médicament ont été très améliorés, en particulier en ce qui concerne l'irritabilité et les comportements répétitifs. Les études statistiques sont encore confidentielles et ne peuvent être dévoilées.
V Viollet. Il va donc y avoir d'autres études ?
VdP : En effet, au vu de cette étude pilote qui s'est bien déroulée, le laboratoire pharmaceutique envisage une étude sur une durée plus longue, de plusieurs mois, à des doses variables. Une telle durée permettra de voir si le médicament est efficace sur le long terme, au-delà du simple effet placebo qui s'estompe en quelques semaines. Des adultes et peut-être des grands adolescents de plus de 16 ans, devraient participer à cette nouvelle étude, qui devrait être moins contraignante pour les patients : il ne faudra plus rester à jeun si longtemps, les tests à Lyon seront plus espacés.
V Viollet. Et pour les enfants, quand le médicament va-t-il être étudié chez eux ?
VdP : Pour les enfants, avant d'essayer le médicament sur une longue période, deux études préalables sont nécessaires et vont probablement se dérouler sur Lyon : d'abord, s'assurer que les gélules (la forme galénique) peuvent être avalées par des enfants de 6 à 12 ans. Puis étudier la pharmacocinétique d'une prise unique du médicament, c'est-à-dire les taux de médicament dans le sang, la vitesse d'élimination, etc... selon l'âge et le poids. Ces deux études préliminaires devraient débuter fin 2009 ou début 2010. Pour des études plus longues chez l'enfant, il faudra attendre les résultats de la prochaine étude de l'adulte. Pas avant 2011